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09/10/2010

« Arrête de causer et agis !» devise de la Wild Idea Buffalo


« Adam Smith n’avait pas forcément raison, ce qui est économiquement bon pour l’individu, ne l’est pas forcément pour la société » Dan O’Brien
.


Dan O 'Brien tient un ranch dans les grandes plaines de l’ouest (USA).
Au départ de son aventure, il y a son désir de vivre sur les terres sauvages des plaines. Pour vivre là, il n’y a qu’une façon de gagner sa vie : élever du bétail. Alors il devient éleveur de vaches. Très vite il se rend compte que les habitudes de l’élevage classique ne permettent pas de préserver l’espace naturel. Le terrain est trop foulé aux mêmes endroits et l’herbe ne peut pas suffisamment pousser. Les espèces d’insectes, d’oiseaux qui nichent dans les herbes hautes disparaissent. La diversité des plantes s’atténue et entraîne un déséquilibre général et la disparition de nombreuses espèces. L’hiver, la couche protectrice de l’herbe ne retient plus l’eau et ne protége plus du froid . En été, elle ne retient plus l’humidité. L’élevage des vaches appauvrit le territoire des grandes plaines. Alors, pour compenser, les éleveurs utilisent des compléments alimentaires. Les vaches trop fragiles pour ces territoires sont encore plus affaiblies par une alimentation pauvre. Elles ont alors besoin de vaccins et de tout un tas de soins vétérinaires et d’interventions humaines extrêmement coûteux.

La vocation de Dan ’O Brien est de vivre dans ces merveilleuses plaines et non d’élever du bétail. Lorsqu’il comprend que l’élevage des vaches classique est néfaste à la biodiversité, il évolue vers un élevage plus extensif. Il gagne en temps et réalise des économies. L’herbe devient plus belle, haute et grasse. Mais la vache est quand même trop fragile (surtout les charolaises importées pour son bon rendement laitier) et surtout trop sédentaire. Les troupeaux ne s’éloignent pas des étendues d’eau (principalement artificielles) et continuent à manger l’herbe jusqu’à épuisement.

Un jour, il découvre le bison. Le bison qui a disparu de ces terres, a frôlé l'extinction, massacré par nos fusils pour un business juteux.
Le bison est complètement adapté à cet habitat, il n’est pas malade, supporte le froid et les grosses chaleurs, il sait suivre les petits ruisseaux et faire jaillir de ses cornes l’eau des terres arides ou gelées, permettant ainsi à de nombreuses espèces animales et végétales de vivre. Il prend soin de l’herbe, n’abîme pas les arbres. Il a en plus l’avantage d’être très diététique (moins gras que le poulet) et goûteux.
Alors O’Brien a cette idée folle de faire revenir les bisons qui n’ont plus foulé ses terres depuis 150 ans. Tout cela, en prenant de gros risques financiers et en défiant toutes les logiques de profit.
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Cet exemple illustre bien que nos décisions et nos stratégies sont bien liées à un désir, un rêve, une certaine vision du monde. Si O’Brien n’était pas tombé amoureux de ces Grandes Plaines, s’il n’avait pas écouté cet appel profond, jamais il n’aurait retrouvé la trace des bisons, jamais il n’aurait vu revivre sa terre. Dans cette aventure, O’brien a réussi à gagner sa vie (suffisamment) en réduisant au maximum l’empreinte écologique de son activité et en remplissant sa mission d’agriculteur qui est de nourrir d’autres personnes avec des produits sains et accessibles.
Le bison devenant à la mode, la machine économique s’engouffre dans cette nouvelle niche pour en faire du super business. O’Brien a dû résister à toutes les tentations pour ne pas « vacheïser » son élevage , pour ne pas transformer le bison en produit de consommation et le respecter comme animal sauvage. O'Brien sait que c'est par son comportement sauvage que le bison joue son rôle de sauveur des grandes plaines.

Dan O’Brien est fier de son travail. Ce n’est pas la fierté d’une réussite sociale, ni celle de l’argent gagné, non.
Il est fier de sa contribution au monde.
Et il peut être fier d’avoir contribué à réparer ce qui été détruit et d'utiliser son savoir d’humain pour rétablir ce qu’il appelle le chaînon manquant de la santé des Grandes Plaines. Car c’est bien le paradoxe de notre époque: l’homme crée les déséquilibres, mais il est aussi le seul (tant qu’il est sur terre) à pouvoir les réparer, en agissant ou en contraire en ne faisant rien.

Droit dans ses bottes de cow-boy de l’ouest , il a fallu presque 20 ans à O’Brien pour entendre l’appel de son cœur. Peut-être parce qu’il était particulièrement en cohérence avec lui-même et avec l’univers, il a réussi sa mutation. Il rayonne suffisamment pour que de ma Brie française j’en sois émue. C’est un bel exemple de courage, de courage d’aller au bout de soi. En suivant sa vocation, il a osé basculer et sortir du modèle classique, son action a ouvert la porte à la biodiversité qui a fait son œuvre, celle de la vie.

Imaginez votre entreprise. À quoi pourrait-elle ressembler si vous aviez le désir profond d’être complètement aligné avec vos valeurs ? avec votre vision du bonheur pour vous et pour les autres ?
À quoi ressembleraient vos relations partenariales et de sous traitance ?
À quoi ressembleraient vos contrats d’achats ?
A quoi ressembleraient vos produits et services ?
À quoi ressemblerait votre management des hommes ?
Peut être serait-elle ce qu'elle est déjà..

Laissons le silence en nous juste une minute pour y penser…

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15:04 Publié dans société | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Bien sûr Natacha, cet O'Brien a raison, il vaut mieux des bisons que des charolaises expatriées. Mais ce serait encore mieux de laisser les bisons vivre leur tranquille vie de bison et ne pas les tuer pour leur bidoche ! je ne vais pas te refaire tout le couplet sur le végétarisme mais quand même ! produire 1 kilo de protéines végétales coûte et pollue beaucoup beaucoup moins que produire 1 kilo de protéines animales. Et puis les bisons sont des grosses bêtes sympas non ? tant qu'à remettre en cause les habitudes et les idées reçues, allons jusqu'au bout et remettons en cause la consommation de viande !!
je te bise très fort
Agnès

Écrit par : Agnès de Framond | 12/10/2010

Bonjour, Agnès,

Merci de ta réaction, je suis heureuse d’y réagir.

Il est vrai que la production actuelle de viande n’est pas viable à plus grande échelle et la surpopulation humaine nous amènera sans doute bientôt à réduire, voir à supprimer notre consommation de viande. Si j’ai voulu raconter cette histoire, c’est justement parce que O’Brien propose un modèle qui permet à l’homme de tenir sa place dans la chaîne alimentaire sans la renier ou l’ignorer, tout en respectant l’écosystème. Son élevage mobilise des terres, mais il n’est pas polluant, ce qui n’est pas le cas de la culture du blé, du maïs ou du riz. Même en ne mangeant que des fruits, des légumes et des céréales, nous polluons et détruisons les écosystèmes.
Alors plutôt que de dire arrêtons la viande, je dirais aux nantis dont je fais partie « mangeons moins, beaucoup moins».

Laisser les bisons tranquilles, oui je souscris. Mais soyons réalistes, il n’y a quasiment plus d’espace sauvage, la techno nature est partout. D’autre part, comme la terre a besoin du bison, le bison a besoin des prédateurs. Il n’y en a plus dans les grandes plaines. Il reste l’homme. Ce que propose O’Brien est d’agir dans le respect : le bison vit en totale autonomie. Une fois par an, il va faire sa « moisson » de 5 ou 6 bisons. Cela lui suffit pour tenir son ranch à flot. Pour être cohérent jusqu’au bout, il n’envoie pas les bisons à l’engraissage comme font la plupart des éleveurs, il les tue sur ses terres avec cérémonie, pas d’abattoirs et il vend la viande en direct car ses pratiques ne seraient pas possibles par les circuits « habituels ».

Alors pour réconcilier tous les modèles alimentaires, je conclurais qu’en définitive peut importe ce que nous mangeons. De tout temps, les humains ont adapté leur alimentation à leur cadre de vie. Sauf aujourd’hui ! Pas besoin de nous adapter, nous avons soumis notre environnement avec la certitude de pouvoir imposer indéfiniment nos règles. Si nous étions profondément respectueux de ce que la nature nous offre comme l’étaient les Indiens des plaines, toutes ces questions ne seposeraient pas Alors quelque soient nos aliments, ce qui me paraît le plus important c’est de se sentir connecté au Tout lorsque nous mangeons, que nous retrouvions cette connexion avec les espèces animales et végétales. C’est de cette coupure que nous souffrons le plus, c’est ce qui nous empêche de sentir et de réagir à la destruction du monde.

Proverbe indien « les bisons s’offrent aux chasseurs aux cœurs purs »

Écrit par : NATACHA ROZENTALIS | 13/10/2010

L'homme est dans l'écosystème. Il mange, il boit, il consomme de l'eau,de la viande et des végétaux et se développe. Mais si son intervention détruit le fragile équilibre de l'écosystème, il va à sa perte. C'est l'histoire des premiers habitants de l'île de Pâques qui ont disparus après avoir coupé le dernier arbre, détruisant ainsi leur agriculture. Les arbres étaient le moyen de lutter contre l'érosion des sols.

Écrit par : Laurence Richard | 25/10/2010

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