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04/05/2012

Le droit de transformer la terre en argent !

sources sacrées.jpeg Au cœur des montagnes plissées au fin fond de la Colombie-Britannique canadienne, existe une vallée d’une beauté époustouflante, que les Premières Nations amérindiennes connaissent sous le nom de Sources sacrées. C’est là, sur la bordure méridionale du Parc provincial de Spatsizi, que se trouvent les sources de trois des plus importants fleuves de saumons du Canada, le Stikine, le Skeena et le Nass.

Il y a une autre région où existe une merveille géographique semblable : le Tibet. Trois des grands fleuves d’Asie y naissent, au bas du mont Kailesh : l’Indus, le Gange et Brahmapoutre, artères vitales pour plus d’un milliard de personnes. Vénéré par les indous, les bouddhistes et les jaïns, le Kailash a un tel caractère sacré que nul n’est autorisé à en escalader les pentes et encore moins à fouler son sommet. L’idée de violer ses flancs dans un but industriel représenterait pour tous les peuples d’Asie un sacrilège inimaginable. Quiconque oserait faire une proposition en ce sens s’exposerait aux sanctions les plus sévères, dans ce monde comme dans l’autre.

Au Canada, la terre est traitée d’une tout autre manière. Passant outre les souhaits de toutes les Premières Nations, le gouvernement provincial de la Colombie-Britannique a ouvert les Sources Sacrées au développement industriel. Parmi eux, L’imperal Metals Corporation propose d’y exploiter une mine d’or et de cuivre à ciel ouvert qui extrairait quotidiennement 30000 tonnes de minerai du flanc du Mont Todagin, où vit la plus vaste population de Mouflons de Stone du monde.
La Royal Dutch Schell envisage un projet considérable d’extraction de gaz de houille sur une surface de plus de 4000km carrés.

Cette industrialisation agressive met en danger la population et la faune, imaginez les camions, les machines, et les villes qui viennent défigurer cette terre et polluer ses fleuves. 05-3-0-gulf-oil.jpg
Wade Davis propose de s’interroger sur ce que ces chantiers révèlent de notre culture : « Nous trouvons normal que des gens qui n’ont jamais été sur ce territoire, n’ont avec lui aucun lien ni antécédent historique, puissent obtenir légalement l’autorisation de venir exploiter et, du fait de la nature de leur activité, de laisser dans leur sillage un paysage profondément transformé et désacralisé tant sur le plan géographique que culturel. Qui plus est en accordant –souvent pour des montants dérisoires, ces concessions minières à des spéculateurs, constitués pour la circonstance dans de grandes villes lointaines. Nous ne donnons aucune valeur marchande à la terre elle –même. Dans les calculs économiques qui président à l’industrialisation de la nature aucune unité de mesure ne permet d’estimer le coût de la destruction d’un bien naturel. Aucune compagnie n’est tenue de dédommager la collectivité pour les dommages causés aux espaces verts, aux forêts, aux montagnes et aux rivières, qui par sa définition appartiennent à tout le monde.
Dans la mesure où elle promet la création d’emplois et un flux de recettes, c’est tout juste si elle a besoin d’une autorisation pour entreprendre ses travaux. (…) L’idée que la terre puisse avoir une anima, qu’un vol de faucon puisse avoir un sens que les convictions spirituelles puissent avoir une authentique résonance est considéré comme ridicule. »

Notre monde cartésien et laïque qui s’épanouit depuis le 17eme siècle réduit le monde à un mécanisme, la nature à un obstacle à surmonter, une ressource à exploiter, cela explique l’aveuglement avec lequel notre culture moderniste interagit avec le vivant. Peu importe les destructions pourvu qu’elles se transforment en argent.

Là-bas au fin fond de cette vallée, les sources sacrées ont inspiré plusieurs cultures. Parmi elles les peuples Tahltan et Iskut, qui ne croient pas au tout pouvoir économique. Alors leurs femmes et leurs hommes se lèvent, face aux bulldozers, aux machines, à la surdité du gouvernement, devant les tribunaux et jusqu’en prison, pour défendre la survie des générations futures.
Et en s'opposant à notre vision du monde, ils défendent notre survie à tous. mouflon stone.jpeg

http://riverswithoutborders.org/about-the-region/iskutsti...

http://girlsactionfoundation.ca/fr/blog/le-ons-issues-des...

Inspirée par Wade Davis, "pour ne pas disparaitre".

Commentaires

Quelle est cette "loi" qui permet cela ? Quels sont ses fondements culturels et éthiques ? Quelle est sa légitimité à s'opposer à la vie des communautés et à piétiner les cultures et les sagesses patiemment accumulées ?

Écrit par : Pierre | 05/05/2012

Merci Natacha de continuer à nous sensibiliser tous sur ce thème dont on parle finalement si peu dans les média qui collent à la dernière petite phrase de Fillon ou de Jupé, à la photo de Manuel Walls ou il embrasse sa compare sur la bouche..;ce n'est pas ça qui change la face du monde mais cela en dit long sur la posture de nos politiques qui servent aussi la société marchande avant de se poser les questions essentielles sur le sens.
A propos de Blog : lire dans le dernier "Démocratie" un article de JP Farell ( à vérifier) sur les blog et les intellectuels les plus suivis aux états unis...des penseurs qui ne font preuve en vérité d'aucune pensée critique mais cherchent les propos qui feront qu'ils seront lus!

Écrit par : Michelle Seban | 16/09/2013

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