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Tout va trop vite ! Hartmut Rosa – Théorie critique de l’accélération

Tout va trop vite !!! Plainte de la modernité ! Mais est-ce vrai ?

Faisons-nous plus de choses en moins de temps ?
Oui, il y a une accélération de la vitesse de nos vies. Nous mangeons plus vite, nous dormons moins, nous communiquons moins avec nos proches, nous faisons moins de pause et plus de choses en simultané que le faisaient nos ancêtres.

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La modernisation c’est l’accélération.
Elle s’appuie sur la technologie: informatique, transports, machines domestiques…Plus les machines nous font gagner du temps, moins nous en avons.


La logique de la compétition est la principale force motrice de l’accélération.

L’accélération sociale et l’accélération technique sont la conséquence logique du système de marché capitaliste concurrentiel.
Les principes emboités de compétition, croissance et accélération forment un triangle structurel très solidement établi dans lequel nous nous débattons.
Le système capitaliste ne peut ni faire de pause, ni arrêter sa course pour assurer sa position puisqu’il est condamné à monter ou à descendre. Il n’y a pas de point d’équilibre puisque rester immobile équivaut à retomber en arrière : C’est le phénomène de « la pente glissante ».
Cette concurrence est aussi omniprésente dans la vie sociale où il est facile de perdre de la compétitivité dans la lutte pour les liens sociaux (enseignement, revenus, consommation, réussite des enfants, garder son conjoint et ses amis..). Pour rester dans la course, il faut se montrer gentil, beau, distrayant, intéressant…

Cette compétition peut devenir le seul but de la vie.

Elle est nourrit d‘une nouvelle injonction de goûter la vie dans toutes ses dimensions, toutes ses profondeurs et sa complexité. Cela devient une aspiration centrale de l’Homme moderne et une grande source de frustration, car le monde a toujours plus à offrir que ce qui peut être vécu dans une seule vie. Les individus partagent alors ce sentiment d’être sur une pente glissante.

Décélération involontaire

Dans cette accélération générale, il existe des ralentissements involontaires, l’embouteillage par exemple, mais aussi les phénomènes de chômage, et d’épuisement. La crainte d’un arrêt brutal se produisant à grande vitesse a donné naissance à des maladies culturelles : la mélancolie, l’ennui, la neurasthénie, et diverses formes de dépression. Ce phénomène d’accélération éclaire le nombre croissant de burn-out attribuables à une lutte pour la reconnaissance qui recommence encore et encore, chaque jour et dans laquelle aucune niche, ni aucun paliers sûrs ne peuvent plus être atteints. Souffrir de la non reconnaissance est la conséquence du fait de rester en arrière; les gens craignent donc de se retrouver en retrait, d’être incapables de suivre le rythme, plus que n’importe quoi d’autre dans leur vie. Prendre un repos prolongé revient à revenir démodé, dépassé, dans son expérience et son savoir.

Le diktat du temps est une construction sociale

Mais le diktat du temps n’est pas reconnu et perçu comme une construction sociale. Et les personnes tendent à se blâmer elles-mêmes de mal gérer leur temps. Elles demandent alors des formations à la gestion du temps, des coachings. Lorsque je reçois une personne avec cette demande, nos conversations permettent de démasquer cette histoire de problème d’accélération et l’impossibilité de faire tenir 2 litres de temps dans une bouteille d’un litre.

Décélération volontaire

Pour supporter cette accélération, certains provoquent la décélération.
Les produits « vintage » fleurissent car ils contiennent la promesse de la lenteur, de la durée et de la stabilité. Les retraites dans les monastères, l’engouement pour la marche, le yoga, les séminaires d’équipe « au vert », tout ce qui promet du repos à l’écart de la course. Souvent ces moments « à part » permettent de récupérer des forces pour mieux reprendre le cours de l’accélération.

Stabilité et lenteur menacées

Ce phénomène d’accélération touche nos structures sociales profondes où la stabilité est toujours mal vue. C’est pourquoi, au delà de nos vies personnelles et professionnelles , il y a des processus à l’œuvre pour se débarrasser des institutions – par nature stables- comme celles de l’Etat et aussi des structures politiques, notamment démocratiques - considérées comme trop lentes.

A suivre…

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