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IDEHO - Page 28

  • Nuances de gris

    L’anthropologue Margaret Mead, exprimait sa crainte qu’en glissant vers un monde plus homogène, nous ne soyons en train de jeter les bases d’une culture moderne générique et informe qui n’aurait pas de concurrente. Elle redoutait que l’imagination humaine ne soit contenue à l’intérieur des limites d’une unique modalité intellectuelle et spirituelle.


    1242740145_Bloc_beton_Chanvre_2OOx150pi.jpg Son cauchemar se réalise, chaque année, des milliers de peuples disparaissent et avec eux toute la richesse de leur culture, de leur langue et de leur histoire. Notre civilisation persécute tout autre vision du monde et contraint les cultures différentes au mieux à s’accommoder des obligations de la modernité (Etat, propriété, impôts, enseignements public…) qui détruit les fondamentaux culturels et au pire à leur disparition par la destruction de leur lieu et mode de vie.

    Je m’interroge alors sur le devenir d’une civilisation nouvelle qui émergerait de celle que nous connaissons aujourd’hui. Sera t-elle en mesure d’accueillir la biodiversité humaine et culturelle ? Celles des cultures et communautés anciennes et celles nouvelles qui se créent chaque jour sur Terre ?

    C’est un défi que nous devons relever. Respecter la biodiversité humaine c’est s’offrir la possibilité d’accueillir les capacités des sociétés traditionnelles à vivre dans le flux du monde sans le contraindre tout en préservant l’incroyable compétence de mouvement permanent et d’invention qui caractérise notre civilisation moderne.
    Cet équilibre pourra se trouver dans un changement radical de posture, par un passage où l’Homme ne conçoit plus le monde comme un supermarché géant à exploiter mais se met, au contraire, à son service en lui offrant son intelligence de pensée et de création, pour trouver enfin une place utile qui profite à la Vie et à l’accomplissement humain.

  • Je suis nulle en anglais !

    globish.jpgDepuis des années je me fais le reproche de ne pas être à l’aise en anglais, de ne pas pouvoir travailler ou communiquer en anglais alors que j'ai eu dans ma vie toutes les facilités pour le faire, toutes les conditions pour être fluent ! Longtemps j’ai accusé mon manque de talent et d’obscurs blocages venus du fond de mon inconscient tortueux.
    C’est une conversation narrative avec Pierre qui a permis à une autre de histoire d’être enfin entendue.

    Enfant, j’étais scolarisée dans une école internationale fréquentée par des enfants d’élus, d'artistes, de diplomates, de scientifiques. C'était très difficile pour moi de m'insérer compte tenu de la différence de niveau social et culturel. Je faisais un peu le grand écart tous les jours.
    En secondaire, il y avait 6 niveaux d'anglais, j'étais dans le groupe 3, pour vous dire que ce n'était pas complètement la catastrophe, le groupe 6 étant destiné aux étrangers bilingues et aux anglophones.

    En 5éme, pour des raisons trop longues à expliquer ici, je me suis retrouvée dans la classe des anglophones, avec presque toutes les matières en anglais en compagnie des étrangers (polonais, afghans, canadiens, suédois…) et une forte majorité d’américains.
    J’étais l'intruse, mais nous avons très vite créé des alliances en particulier pour traiter les thèmes et les versions. Dans cette position décalée, j’ai pris conscience de la très forte influence de la culture américaine dans l’école, dans une période (les années 70) où la culture américaine répandait sa domination sur le monde.
    Mon histoire de problème avec l’anglais a pris une tournure radicale cette année là puisque j’ai pris la décision, qui va vous sembler absurde, de ne pas parler anglais. Mes camarades me parlaient anglais, je leur répondais en français et tout le monde s’en arrangeait. Avais-je l’intention de les aider dans leur pratique du français ? Sans doute et j’avais surtout le désir que les américains fassent un pas vers ma culture.
    J’étais également dans une difficulté terrible de devoir parler un anglais parfait avec des gens que je n’arriverais jamais à égaler. Depuis, j’évite tant que possible l’anglais. J’ai compris que le problème que j’entretiens avec cette langue est né d’une solution que j’ai trouvée à 11 ans pour honorer mon identité à un moment où elle était par ailleurs très menacée dans ma vie personnelle.
    Aujourd’hui, cette relation particulière à l’anglais m’empêche de faire des choses très importantes pour moi comme communiquer, apprendre à travers le monde et être dans l’ouverture à l’autre qui me tient tant à coeur.

    En sortant de l’histoire dominante « je suis nulle en anglais » pour accueillir une histoire alternatives de fierté et de résistance, je peux à présent tenter une réconciliation.

    Pour m'aider, je pose un regard diffèrent sur l’anglais qui n'est pas une langue comme les autre pour nos générations. Elle est devenue une langue de domination culturelle qui a réussi à s’imposer et se réclame « internationale ». Un jour, une autre prendra sa place pour étoffer la liste des anciennes langues colonialistes comme le latin, qui après son heure de gloire, n’est plus parlé en dehors du Vatican.
    Parlerons-nous un jour l’espéranto ? Pour l’instant c’est le globish qui s’installe. J'ai toujours été contre le globish et aujourd'hui je change d'avis. Une langue est une entité vivante, on ne peut pas l'enfermer. L’anglais par « sa carrière internationale » évolue et doit assumer son statut de langue véhiculaire1 et pour cela se simplifier pour être utilisable par le plus grand nombre. Il suffit d'écouter une conversation entre un Indien, un Allemand, un Italien et un Français pour constater que cette langue du business et du voyage a déjà sa propre vie. Le comble, elle n’est parfois plus comprise des anglophones ! L'anglais véhiculaire s'appelle le globish et n'a plus grand chose à voir avec la beauté et la subtilité de la langue de Shakespeare.

    Tout cela me redonne un espoir, j'ai recommencé à converser en anglais et je cherche un professeur qui accepte mon objectif qui n'est plus de parler un anglais parfait mais un anglais qui me permet de communiquer, de me réjouir de mes fautes, de ne plus avoir à rougir de mon accent (so sexy !). Et avoir l’extrême bonheur de me dire que parler anglais est un honneur et un cadeau que je fais à mes interlocuteurs pour partager le plaisir d’échanger avec eux.




    1 Une langue véhiculaire est une langue, souvent simplifiée, servant de moyen de communication entre populations de langues différentes. Elle s’oppose à la langue vernaculaire, parlée localement par une population.
    (swahili, malais, russe, mandarin…).

    2 Le globish (mot-valise combinant global et English) est une version simplifiée de l'anglais n'utilisant que les mots et les expressions les plus communs de cette langue. C'est le jargon utilisé par des locuteurs de diverses autres langues quand ils veulent communiquer en anglais.