Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

16/02/2015

Histoire d'autonomie 2/3

La communauté primitive est à la fois totalité et unité.

La société (du latin socius : compagnon, associé) est un groupe d'individus unifiés par un réseau de relations, de traditions et d'institutions. (Wikipédia)

Selon Clastres, la communauté primitive est une société au sens plein du terme.
Elle est Totalité en ce qu'elle est un ensemble achevé, autonome, complet, attentive à préserver sans cesse son autonomie.
Unité, en ce que son être homogène persévère dans le refus de la division sociale, dans l'exclusion de l'inégalité.

iur.jpeg Son unité n'est pas extérieure : elle ne laisse aucune figure de l'Un se détacher du corps social pour la représenter, pour l'incarner comme unité. C'est pourquoi le critère de l'indivision est fondamentalement politique : si le chef sauvage et sans pouvoir, c'est parce que la société n'accepte pas que le pouvoir se sépare de son être, que la division s'établisse entre celui qui commande et ceux qui obéissent et c'est aussi pourquoi dans la société primitive, c'est le chef qui est commis à parler au nom de la société : en son discours, le chef n’exprime jamais la fantaisie de son désir individuel, ni de sa loi privée, mais seulement le désir sociologique de la société à rester indivisée. Il s’appuie sur le texte d'une loi que personne n’a fixée, car elle ne relève pas de la décision humaine. Le législateur est aussi le fondateur de la société, ce sont les ancêtres mythiques, les héros culturels, les dieux. C'est de cette loi que le chef est le porte-parole : la substance de son discours c'est toujours la référence à la Loi ancestrale que nul ne peut faire progresser, car il est l'Être même de la société.

09/02/2015

Histoire d'autonomie 1/3

iu.jpegPierre Clastres (1934,1977), anthropologue ayant longtemps étudié les tribus Guayaki, s’intéresse aux communautés primitives. Dans son ouvrage «la société contre l’Etat », il développe la théorie selon laquelle certaines de ces communautés refusent délibérément l’organisation étatique et résistent aux tentatives de division de leurs membres et de centralisation du pouvoir. Pierre Clastres s’opposait alors à la théorie de l’évolution qui défend l’idée que l’Etat est l’aboutissement du développement d’une société primitive.

Dans Archéologie de la violence, il traite du rôle de la guerre dans les sociétés primitives.

Voici quelques idées forces.

L'idéal autarcique est un idéal anti commercial.

La société primitive a toujours été saisie comme un espace étrange incarnant la différence absolue par rapport à la société occidentale: monde sans hiérarchie, société de l’abondance mais indifférente à la possession de la richesse, chef qui ne commande pas, société sans classe, société sans État etc.

La communauté primitive c'est un groupe local formée de gens qui se lient ensemble au même endroit, sous un mode fixe ou nomade.
La maîtrise du territoire permet à la communauté de réaliser son idéal autarcique. En garantissant l'autosuffisance en ressources, elle ne dépend donc de personne, elle est indépendante.

Pierre-Clastres-e-Raipurangi-giovane-Guayaki.pngL'idéal autarcique est un idéal anti commercial.
C'est pourquoi le mode de production domestique ignore les relations commerciales que son fonctionnement économique tend précisément à exclure : la société primitive, en son être, refuse le risque, immanent au commerce, d'aliéner son autonomie, de perdre sa liberté.

Or celle des sexes, il n'y a dans la société primitive, aucune division du travail : chaque individu est en quelque sorte polyvalent, les hommes savent tout faire tout ce que les hommes doivent savoir faire, toutes les femmes savent accomplir les tâches que doit accomplir toute femme. Aucun individu ne présente d'infériorité dans l'ordre du savoir et du savoir-faire. De cette façon, il n’y a pas prise de pouvoir d'un autre plus doué ou mieux loti. D’ailleurs, la parenté de la victime aura tôt fait de décourager la vocation de l'apprenti exploiteur.
La production de surplus est parfaitement possible dans l'économie primitive mais elle est aussi totalement inutile : « L'entrepreneur ne pourra compter que sur ses propres forces, l’exploitation d'autrui étant sociologiquement impossible. Imaginons néanmoins que malgré la solitude de son effort, l'entrepreneur sauvage parvienne à constituer, à la sueur de son front, un stock de ressources dont, rappelons-le, il ne sait que faire puisqu'il s'agit là d'un surplus, c'est-à-dire d'une quantité de biens non nécessaires, en tant qu'ils ne relèvent plus de la satisfaction des besoins. Que se passerait-il ? Simplement, la communauté l'aidera à consommer ses ressources gratuites : il verrait disparaître en un clin d'œil tout son travail entre les mains et dans les estomacs, de ses voisins. Cela conduirait à l’exploitation de l'individu par lui-même ou à l'exploitation du riche par la communauté. Les sauvages sont assez sages pour ne pas s'abandonner à cette folie, la société primitive fonctionne de telle manière que l'inégalité, l'exploitation, la division sont impossibles ».

Cette société primitive en son Être est indivisée et œuvre pour le rester.

09/08/2014

1992, La naissance d’Abya Yala

Sin_t_tulo.png"En 1992, alors que les dirigeants des États d’Amérique célébraient le 500éme anniversaire de la « découverte » du continent par Christophe Colomb, les peuples amérindiens de l’Alaska à la Terre de Feu choisissaient de débaptiser leur territoire du nom « d’Amérique » pour le désigner officiellement par l’expression poétique, Abya Yala, qui signifie « terre dans sa pleine maturité » dans la langue des Kunas du Panamà. Par cet acte audacieux, les Indiens affirment leur existence, la reconquête d’une identité volée et la célébration d’une union, celle du Nord et du Sud, de l’aigle et du condor".

"Après des siècles de résilience, les Indiens commencent enfin à être reconnus comme des acteurs de leur propre développement et des sources d’inspiration pour favoriser les autres. Où puisent-ils ces ressources que des siècles d’oppression et de fragilisation aurait pu saper définitivement ?
tumblr_static_abya_yala.png



Du statut de victime à celui de héros, il n’y a qu’un pas, une tournure d’esprit, une tendance sur laquelle surfer. Un ancien dont la sagesse a été polie par l’expérience me disait un jour : « un héros est quelqu’un qui se bat, sans jamais abandonner, ni blâmer les autres quand les temps sont durs, et qui finit par gagner… »"

logo.png



Extraits de Quand s’élèvent nos voix de Sylvie Brieu
Albin Michel 2011