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devenir - Page 9

  • Nuances de gris

    L’anthropologue Margaret Mead, exprimait sa crainte qu’en glissant vers un monde plus homogène, nous ne soyons en train de jeter les bases d’une culture moderne générique et informe qui n’aurait pas de concurrente. Elle redoutait que l’imagination humaine ne soit contenue à l’intérieur des limites d’une unique modalité intellectuelle et spirituelle.


    1242740145_Bloc_beton_Chanvre_2OOx150pi.jpg Son cauchemar se réalise, chaque année, des milliers de peuples disparaissent et avec eux toute la richesse de leur culture, de leur langue et de leur histoire. Notre civilisation persécute tout autre vision du monde et contraint les cultures différentes au mieux à s’accommoder des obligations de la modernité (Etat, propriété, impôts, enseignements public…) qui détruit les fondamentaux culturels et au pire à leur disparition par la destruction de leur lieu et mode de vie.

    Je m’interroge alors sur le devenir d’une civilisation nouvelle qui émergerait de celle que nous connaissons aujourd’hui. Sera t-elle en mesure d’accueillir la biodiversité humaine et culturelle ? Celles des cultures et communautés anciennes et celles nouvelles qui se créent chaque jour sur Terre ?

    C’est un défi que nous devons relever. Respecter la biodiversité humaine c’est s’offrir la possibilité d’accueillir les capacités des sociétés traditionnelles à vivre dans le flux du monde sans le contraindre tout en préservant l’incroyable compétence de mouvement permanent et d’invention qui caractérise notre civilisation moderne.
    Cet équilibre pourra se trouver dans un changement radical de posture, par un passage où l’Homme ne conçoit plus le monde comme un supermarché géant à exploiter mais se met, au contraire, à son service en lui offrant son intelligence de pensée et de création, pour trouver enfin une place utile qui profite à la Vie et à l’accomplissement humain.

  • Le temps c’est de l’argent.

    Je suis fascinée par les différentes versions des sociétés humaines qui se déploient en deux branches principales, celles dont la mission est de préserver, de conserver le monde tel qu’il est et celles qui développent, transforment, progressent, dominent.

    « L’essentiel c’est la force de nos croyances, la façon dont elles s’inscrivent dans la vie quotidienne d’un peuple, car cela va déterminer l’empreinte écologique d’une culture, l’impact que toute société a sur son environnement. Un enfant élevé dans la croyance qu’une montagne est la demeure d’un esprit protecteur sera un être profondément diffèrent que celui éduqué dans l’idée que cette montagne est une masse rocheuse inerte propre à l’exploitation minière (…)
    Pour prendre la mesure d’une culture, il faut tenir compte à la fois des actes d’un peuple et de la qualité de ses aspirations, de la nature des métaphores qui la font avancer. » Wade Davis

    Pour l’instant, notre culture sans foi, ni loi (ancestrale) se comporte comme une mercenaire, sa métaphore « le temps c’est de l’argent ».

    images.jpegLes cultures qui préservent n’ont pas le même rapport au temps, il n’est d’ailleurs pas toujours gardé comme élément de mesure. Dans l’univers aborigène n’existent ni passé, ni futur, ni présent, la progression linéaire, l’avancée vers le progrès, l’idéalisation de la possibilité d’un changement sont autant de notions qu’ils ignorent. Le logos du Rêve n’est que stase, constance, équilibre et cohérence. Pas de volonté d’améliorer quoi que se soit mais au contraire une attention à conserver le monde tel qu’à sa création comme une priorité absolue. Ils ont pendant 50.000 ans consacré tout leur génie et leur intelligence à comprendre, connaître ce territoire et à écouter les battements de son cœur.
    Comment dans notre arrogance, comprendre la subtilité et la complexité d’autres modes de pensée qui nous dépassent. images-1.jpeg Pourtant, nous devrions apprendre d’eux avec ouverture et humilité pour imaginer un nouveau récit collectif où se racontera la responsabilité de notre appartenance à la terre et de la conscience que nous lui insufflons, notre utilité dans le vivant, pour offrir à la fois notre intelligence, notre soif de comprendre, de connaitre, de créer. Réintégrer loi ancestrale et science, génie de l’invention technologiques et temps humain de la vie.

  • Le droit de transformer la terre en argent !

    sources sacrées.jpeg Au cœur des montagnes plissées au fin fond de la Colombie-Britannique canadienne, existe une vallée d’une beauté époustouflante, que les Premières Nations amérindiennes connaissent sous le nom de Sources sacrées. C’est là, sur la bordure méridionale du Parc provincial de Spatsizi, que se trouvent les sources de trois des plus importants fleuves de saumons du Canada, le Stikine, le Skeena et le Nass.

    Il y a une autre région où existe une merveille géographique semblable : le Tibet. Trois des grands fleuves d’Asie y naissent, au bas du mont Kailesh : l’Indus, le Gange et Brahmapoutre, artères vitales pour plus d’un milliard de personnes. Vénéré par les indous, les bouddhistes et les jaïns, le Kailash a un tel caractère sacré que nul n’est autorisé à en escalader les pentes et encore moins à fouler son sommet. L’idée de violer ses flancs dans un but industriel représenterait pour tous les peuples d’Asie un sacrilège inimaginable. Quiconque oserait faire une proposition en ce sens s’exposerait aux sanctions les plus sévères, dans ce monde comme dans l’autre.

    Au Canada, la terre est traitée d’une tout autre manière. Passant outre les souhaits de toutes les Premières Nations, le gouvernement provincial de la Colombie-Britannique a ouvert les Sources Sacrées au développement industriel. Parmi eux, L’imperal Metals Corporation propose d’y exploiter une mine d’or et de cuivre à ciel ouvert qui extrairait quotidiennement 30000 tonnes de minerai du flanc du Mont Todagin, où vit la plus vaste population de Mouflons de Stone du monde.
    La Royal Dutch Schell envisage un projet considérable d’extraction de gaz de houille sur une surface de plus de 4000km carrés.

    Cette industrialisation agressive met en danger la population et la faune, imaginez les camions, les machines, et les villes qui viennent défigurer cette terre et polluer ses fleuves. 05-3-0-gulf-oil.jpg
    Wade Davis propose de s’interroger sur ce que ces chantiers révèlent de notre culture : « Nous trouvons normal que des gens qui n’ont jamais été sur ce territoire, n’ont avec lui aucun lien ni antécédent historique, puissent obtenir légalement l’autorisation de venir exploiter et, du fait de la nature de leur activité, de laisser dans leur sillage un paysage profondément transformé et désacralisé tant sur le plan géographique que culturel. Qui plus est en accordant –souvent pour des montants dérisoires, ces concessions minières à des spéculateurs, constitués pour la circonstance dans de grandes villes lointaines. Nous ne donnons aucune valeur marchande à la terre elle –même. Dans les calculs économiques qui président à l’industrialisation de la nature aucune unité de mesure ne permet d’estimer le coût de la destruction d’un bien naturel. Aucune compagnie n’est tenue de dédommager la collectivité pour les dommages causés aux espaces verts, aux forêts, aux montagnes et aux rivières, qui par sa définition appartiennent à tout le monde.
    Dans la mesure où elle promet la création d’emplois et un flux de recettes, c’est tout juste si elle a besoin d’une autorisation pour entreprendre ses travaux. (…) L’idée que la terre puisse avoir une anima, qu’un vol de faucon puisse avoir un sens que les convictions spirituelles puissent avoir une authentique résonance est considéré comme ridicule. »

    Notre monde cartésien et laïque qui s’épanouit depuis le 17eme siècle réduit le monde à un mécanisme, la nature à un obstacle à surmonter, une ressource à exploiter, cela explique l’aveuglement avec lequel notre culture moderniste interagit avec le vivant. Peu importe les destructions pourvu qu’elles se transforment en argent.

    Là-bas au fin fond de cette vallée, les sources sacrées ont inspiré plusieurs cultures. Parmi elles les peuples Tahltan et Iskut, qui ne croient pas au tout pouvoir économique. Alors leurs femmes et leurs hommes se lèvent, face aux bulldozers, aux machines, à la surdité du gouvernement, devant les tribunaux et jusqu’en prison, pour défendre la survie des générations futures.
    Et en s'opposant à notre vision du monde, ils défendent notre survie à tous. mouflon stone.jpeg

    http://riverswithoutborders.org/about-the-region/iskutstikine

    http://girlsactionfoundation.ca/fr/blog/le-ons-issues-des-femmes-de-la-r-gion-des-sources-sacr-es

    Inspirée par Wade Davis, "pour ne pas disparaitre".