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IDEHO - Page 14

  • Management cellulaire, autre histoire d'autonomie

    Sogilis, l’humain au centre de ses attentions

    Sogilis est une entreprise qui conçoit des applications informatiques. Leur spécificité est dans l’excellence de leur programmation pour offrir à leurs clients un retour sur investissement plus rapide, une maintenance minimum, et des merveilles pour leurs utilisateurs (ex : logiciels embarqués, chirurgie dentaire, ergonomie des sites web…).
    Sogilis est une entreprise libérée qui applique un management cellulaire.

    Mieux comprendre ce qui anime les dirigeants des entreprises libérées, tel était le but de notre visite ce mardi à Grenoble chez Sogilis. D’abord, on note la facilité du contact, de la prise de rendez-vous. Il y a dès notre arrivée ce sentiment de simplicité, une porte qui s’ouvre, des sourires et un sentiment d’être déjà un peu comme chez soi.
    Selon Christophe Baillon, le créateur de Sogilis, la réussite réside dans le « lâcher prise ». Passionné très jeune par le développement, il comprend rapidement après un court séjour dans une SSII, les limites de la logique « court-termiste » et se lance en créant Sogilis. En pratiquant le Lean Software Development, l'entreprise veut lutter contre les coûts du gaspillage informatique.
    Un grand compte à l’audace de faire confiance à cette micro-entreprise et le pari est lancé : fournir une application extrêmement sensible et stratégique dans un délai de livraison de rigueur très précis, et ce, sans bug ni réserve après la livraison. Pari gagné, le client est enthousiaste et Sogilis remporte le meilleur score des fournisseurs de ce grand compte, l’aventure peut se poursuivre.
    usine_a_gaz.jpgPar quels moyens ce pari technologique a-t-il pu être remporté ? On comprend alors deux choses. La première est une maîtrise parfaite du métier et l’invention d’un processus de test automatisé qui rend improbable l’apparition de bug informatique après la livraison. La seconde est la mise en place de méthodes agiles particulièrement innovantes.
    Partant du postulat que « travailler bien fait travailler vite » et avec l’augmentation du nombre de collaborateurs, un mode de travail fluide par équipes appelé « cellules » autonomes est mis en place. Chacun travaille autour de la vision, présente au quotidien. Cette vision que raconte si bien Christophe Baillon est un bijou de simplicité :
    - enthousiasmer le client, le satisfaire n’est pas suffisant,
    - prendre du plaisir, être passionné par son métier et heureux de venir travailler le matin,
    - être rentable, chacun doit contribuer au chiffre d’affaires et aux charges fixes.

    La politique de management est résolument orientée partage, feedback positif, retour d’expérience. L'équipe dirigeante reçoit chaque collaborateur tous les 4 mois pour un entretien individuel, se parler - toujours, mettre des post-it partout pour dire les choses, les partager, les traiter. C’est aussi ce que fait chaque cellule par quinzaine et l’ensemble des collaborateurs mensuellement.

    Contrairement aux SSII classiques où la commande est prise en fonction des exigences du client sans complètement tenir compte des contraintes techniques internes, chez Sogilis une commande n’est acceptée qu’avec l’accord des équipes techniques de façon à pleinement respecter les spécifications et les délais et confronter la commande à la vision.
    Respecter ses engagements, assurer un niveau de qualité optimale et en même temps, donner à chacun du temps pour qu’il puisse développer ses propres projets, c’est ce à quoi veille Christophe Baillon.
    D'ailleurs, que disent les salariés de Sogilis ? Ils aiment leur autonomie, l’écoute, la confiance, le travail conforme à la vision partagée, vision qu’ils connaissent tous très bien. Toujours motivés après un an, deux ans ou plus chez Sogilis, ils y répondent par l’affirmative. Pourquoi pourrait-il en être autrement d’ailleurs se questionnent-ils, les projets sont passionnants, et ils s’y sentent très heureux. Chacun dispose d’un budget qu’il peut librement affecter selon ses aspirations, livres, formation, ordinateur ou encore le donner à un de ses collèges. Le télétravail est encouragé.
    Entraide, collaboration, esprit d’équipe, tout y est. On a pourtant cherché la faille, la dissonance, le hiatus, en vain. Les limites de ce système horizontal, c’est qu’il n’y a pas de perspectives verticales de carrière. Pour ceux qui aimeraient être chef, Sogilis n’est pas le bon endroit.
    Quitter Sogilis ? Seul un collaborateur interrogé imagine partir pour développer son projet personnel, il le fait d’ailleurs avec le soutien de Sogilis qui lui donne le temps nécessaire pour travailler son projet de start-up. Le porteur de projet souhaite réutiliser le modèle de Sogilis pour le management, l’organisation, le professionnalisme technique.

    Carole Laubry et Natacha Rozentalis
    Pour MOM 21 www.mom21.org
    Janvier 2015

  • Histoire d'autonomie 3/3

    Pour Pierre Clastres, l'examen des faits ethnographiques démontre la dimension proprement politique de l'activité guerrière.
    La capacité guerrière de chaque communauté est la condition de son autonomie. Les guerres périodiques apparaissent comme le principal moyen d'empêcher le changement social.
    Voici donc comment apparaît concrètement la société primitive : une multiplicité de communautés séparées, chacune veillant à l'intégrité de son territoire, une série de communauté de nomades dont chacune affirme face aux autres sa différence. Chaque communauté en tant qu'elle est indivisée, peut se penser comme un Nous.
    C'est face aux communautés des bandes voisines qu’une communauté se pose et se pense comme différence absolue, liberté irréductible, volonté de maintenir son être comme totalité.

    Dans ce contexte la guerre est une condition de vie de la société.


    iu-1.jpegChaque communauté refuse de s'identifier aux autres, de perdre ce qui la constitue comme telle, la capacité de se penser comme un Nous autonome.
    Dans l'identification de tous à tous, ce qu’entraînerait l'échange généralisé et l'amitié de tous avec tous, chaque communauté perdrait son individualité.
    La logique de l'identité donnerait lieu à une sorte de discours égalisateur « nous sommes tous pareils ! ». Ce serait abolir la distinction du Nous et de l'Autre, c'est la société primitive elle-même qui disparaîtrait.
    Chaque communauté a besoin pour se penser comme Totalité une, de la figure opposée de l'étranger ou de l'ennemi. Ainsi, la possibilité de la violence est inscrite d'avance dans les sociétés primitives. La guerre est une structure de la société primitive et non l'échec accidentel d'un échange manqué.

    Mais cette guerre doit être circonscrite.
    Dans le cas d'une guerre de tous contre tous elle perdrait, par irruption de la division sociale, son caractère d'unité homogène : la société primitive ne peut consentir à la paix universelle qui aliène sa liberté, elle ne peut s'abandonner à la guerre générale qui abolit son égalité.
    Il n’est possible chez les sauvages ni d'être l'ami de tous, ni d'être l'ennemi de tous.

    Qu'est-ce que l'État ? C'est le signe achevé de la division dans la société, en tant qu'il est l'organe séparé du pouvoir politique : la société est désormais divisée entre ceux qui exercent pouvoir et ceux qui le subissent. La société n'est plus un Nous, une totalité une, mais un corps morcelé, un être social hétérogène. La division sociale, l'émergence de l'État, sont la mort de la société primitive.
    Le meilleur ennemi de l'État c'est la guerre.
    Inspiré par Hobbes, Pierre Clastres conclue : La guerre empêche l'État, l'État empêche la guerre.

  • Histoire d'autonomie 2/3

    La communauté primitive est à la fois totalité et unité.

    La société (du latin socius : compagnon, associé) est un groupe d'individus unifiés par un réseau de relations, de traditions et d'institutions. (Wikipédia)

    Selon Clastres, la communauté primitive est une société au sens plein du terme.
    Elle est Totalité en ce qu'elle est un ensemble achevé, autonome, complet, attentive à préserver sans cesse son autonomie.
    Unité, en ce que son être homogène persévère dans le refus de la division sociale, dans l'exclusion de l'inégalité.

    iur.jpeg Son unité n'est pas extérieure : elle ne laisse aucune figure de l'Un se détacher du corps social pour la représenter, pour l'incarner comme unité. C'est pourquoi le critère de l'indivision est fondamentalement politique : si le chef sauvage et sans pouvoir, c'est parce que la société n'accepte pas que le pouvoir se sépare de son être, que la division s'établisse entre celui qui commande et ceux qui obéissent et c'est aussi pourquoi dans la société primitive, c'est le chef qui est commis à parler au nom de la société : en son discours, le chef n’exprime jamais la fantaisie de son désir individuel, ni de sa loi privée, mais seulement le désir sociologique de la société à rester indivisée. Il s’appuie sur le texte d'une loi que personne n’a fixée, car elle ne relève pas de la décision humaine. Le législateur est aussi le fondateur de la société, ce sont les ancêtres mythiques, les héros culturels, les dieux. C'est de cette loi que le chef est le porte-parole : la substance de son discours c'est toujours la référence à la Loi ancestrale que nul ne peut faire progresser, car il est l'Être même de la société.